EVRAS, qui signifie « Éducation à la Vie Relationnelle, Affective et Sexuelle », est un projet éducatif mis en place en Belgique. Il vise à offrir une éducation complète et adaptée à la vie relationnelle, affective et sexuelle aux jeunes, tant dans le cadre scolaire qu’extra-scolaire. 

Depuis plusieurs semaines, une polémique gronde sur les réseaux sociaux, relayée en masse par les médias mainstream : on apprendrait aux enfants, dès l’école maternelle, à se masturber, à faire l’amour… Qu’en est-il vraiment ? On décrypte ce fichier.

L’objectif principal du projet EVRAS est de sensibiliser les jeunes à des questions essentielles liées aux relations, aux émotions, à la sexualité, à la santé mentale et physique, afin de favoriser leur bien-être et une meilleure compréhension d’eux-mêmes et des autres.
Le projet EVRAS propose un contenu pédagogique diversifié et adapté à l’âge des apprenants. Il aborde des thèmes tels que la puberté, les relations amoureuses, la contraception, les infections sexuellement transmissibles, le consentement, le respect mutuel, etc.

Il s’agit d’un guide donnant des orientations, des compétences à atteindre, des notions à développer selon les âges plus qu’un contenu pédagogique complet avec des séquences à faire en classe. C’est donc ensuite aux personnels de l’éducation à adapter ces propositions de contenus à leurs élèves. De ce fait, si les enseignants considèrent que le contenu n’est pas adapté à l’âge, la compréhension ou la maturité de leurs élèves, ils ne sont pas obligés de suivre le guide. C’est un point majeur à souligner car en éducation à la sexualité, on fait aussi appel au bon sens des professionnels.

 

Les thématiques du guide

Le guide de 303 pages est composé de 9 thématiques :

  • sentiments et émotions
  • relations interpersonnelles
  • corps et développement humain
  • valeurs, cultures, société, droits et sexualités
  • identités de genre, expressions de genre et orientations sexuelles
  • sexualité et comportements sexuels
  • les violences
  • santé sexuelle et reproductive
  • thématiques transversales

Il découpe également les élèves par tranches d’âge : les 5-8 ans, les 9-11 ans, les 12-14 ans, les 15-18 ans.

En soi, le guide se veut très complet, avec des thématiques abordées variées et comprenant tous les sujets autour de la sexualité. Pour chaque thème, on retrouve des apprentissages par tranches d’âge qui eux-même sont développés avec les prérequis, les connaissances/savoirs, les habiletés/savoir-faire en lien, les attitudes et savoir-être à acquérir. Par exemple :

Ce qui a fait polémique

Le guide est un bon outil pour les professionnels de l’éducation afin d’avoir un cadre précis et concis sur l’éducation à la sexualité dans les établissements scolaires. D’un point de vue général, le guide propose des apprentissages progressifs par thème. Ce qui est travaillé chez les plus jeunes sera approfondi plus tard, ce qui permet d’avoir une éducation complète sur les différents thèmes travaillés.
Toutefois, certains termes utilisés dans le guide peuvent effectivement étonner, choquer, inquiéter, surtout qu’ils ne sont pas détaillés ou contextualisés avec des exemples de mise en oeuvre auprès des élèves. Par exemple, dans le thème « Orientations sexuelles (attirances sexuelles et/ou romantiques) », il est question, pour les 5-8 ans, de « prendre conscience qu’il existe différentes attirances sexuelles et/ou romantiques ». On pourrait facilement croire que l’on encourage les jeunes enfants à ressentir des attirances sexuelles pour les personnes de même sexe alors qu’il n’en est pas question. On est plutôt ici dans le respect et la liberté des choix d’autrui. « Les enfants âgés de 6 à 9 ans vont généralement avoir de l’empathie pour la situation d’autrui. L’enfant sera capable de comprendre la situation de quelqu’un·e d’autre. Il·elle·iel reconnaît que l’autre personne a une personnalité et une histoire singulière et qui peuvent être différentes de la sienne. C’est pourquoi on peut aborder les questions sur la diversité des orientations sexuelles (attirances sexuelles et/ou romantiques). ». On n’aborde donc pas la question de l’orientation sexuelle des enfants eux-mêmes mais de ceux qui composent leur environnement. 

Plus loin, le thème « Sexualité et comportements sexuels » est probablement celui qui a fait le plus couler d’encre. En effet, dès la tranche d’âge 5-8 ans, il est proposé de parler ouvertement de sexualité. Il est important ici de lire l’éclairage proposé par le guide pour mieux comprendre ce dont il s’agit : « Les enfants entendent toute une série de mots utilisés concernant la sexualité dans leurs environnements qu’ils·elles·iels peuvent alors répéter sans même en comprendre le sens. Il est important de sensibiliser dès le plus jeune âge aux expressions employées, leurs significations, et utiliser le langage de façon adéquate. Cela leur permet de communiquer et de questionner sur des sujets touchant à la sexualité. ». Nous ne sommes donc pas dans un cadre où l’on parle de rapports sexuels aux jeunes enfants mais plutôt de répondre à leurs interrogations. Il serait particulièrement naïf et hypocrite de penser que les enfants ne connaissent rien de la sexualité alors qu’ils évoluent dans une société où le sexe est présent partout. A partir de 6 ans et jusqu’à la puberté, ils sont donc confrontés très tôt à des termes, des situations, qu’ils ne comprennent pas et qu’ils peuvent ainsi reproduire sans qu’elles aient la connotation sexuelle que nous, adultes, nous y percevons. En les aidant à exprimer leurs émotions, leurs sentiments, on peut les accompagner dans une meilleure compréhension de leur environnement.
Ces échanges permettent notamment de conscientiser ses limites et de donner du sens au consentement, au respect de soi et des autres. C’est extrêmement important qu’un enfant, dès son plus jeune âge, comprenne que personne n’a le droit de toucher ses parties intimes. Pour cela, il faut qu’il puisse savoir pourquoi cet interdit.

Autre sujet dans la même thématique qui a défrayé la chronique, toujours chez les 5-8 ans, celui du « plaisir et sensations corporelles ». Encore une fois, les adultes ont été choqués d’apprendre (vraiment ?) que de très jeunes enfants pouvaient se procurer du plaisir par eux-mêmes. Attention, il n’est pas question de plaisir sexuel. Les enfants découvrent très tôt que certains gestes leur procurent du plaisir : les bisous, les câlins… tout ce qui est agréable et rassurant. Autour de un ou deux ans, il est très fréquent que certains enfants ressentent du plaisir par l’auto-stimulation : il ne s’agit pas de masturbation à proprement parler mais plutôt de frottements sur des zones érogènes. Evidemment, il n’y a aucun désir sexuel dans ces gestes mais il est rapidement important de dire aux enfants que ces gestes sont normaux mais qu’ils doivent être effectués dans l’intimité et lorsque l’on est seul.

La masturbation est véritablement étudiée à 12-14 ans, à l’âge où effectivement les adolescents commencent à expérimenter les changements de leurs organes sexuels et donc ce qui y est lié. Pourquoi doit-on aborder ce thème à l’école ? La masturbation est un sujet très tabou et souvent avec une vision très négative, dans notre société alors que c’est une pratique très largement répandue chez les garçons mais aussi les filles.  Il est donc essentiel, comme le guide le préconise, de proposer une vision positive de la sexualité et que les adolescents intègrent qu’il est normal d’avoir de premières expériences sexuelles. Cette normalisation des pratiques, au lieu d’encourager les rapports sexuels, va plutôt permettre aux adolescents de découvrir leur corps, ce qui les stimule, ce qui est agréable et ce qui ne l’est pas, pour pouvoir, plus tard, avoir une vie sexuelle épanouie avec leur partenaire. 

Ce qui pourrait être amélioré dans le guide 

Le guide aborde le sujet des sentiments amoureux dès 5-8 ans et encourage à exprimer ses sentiments amoureux s’ils en ont envie (p.40). Sur la même page, lors des explications de pourquoi ces apprentissages, il est dit « C’est pourquoi, il est intéressant de découvrir et expliquer aux enfants ces notions de sentiments amoureux, de séduction… »
Ici, le terme de séduction employé pour des enfants n’est pas approprié. Pour rappel, la séduction se définit comme suit : « La séduction désigne, en science sociale, un ensemble de procédés de manipulation visant à obtenir une faveur, donner une image avantageuse de soi ou susciter délibérément une émotion, une admiration, une attraction, voire un sentiment amoureux de la part d’un ou de plusieurs individus. ». Expliquer à un enfant qu’il peut exprimer ses sentiments amoureux ou sa séduction encourage l’idée, dangereuse et bien répandue, que l’enfant est un être manipulateur qui peut ressentir du désir sexuel pour quelqu’un d’autre. Ce discours est par ailleurs très utilisé dans la défense des personnes accusées d’agressions sexuelles sur mineurs : « mais c’est il/elle qui a voulu, qui m’a séduit.e… ». Non. Un enfant n’est pas capable de séduire, de manipuler, un adulte pour obtenir quoi que ce soit. Encore moins à 5-8 ans.
Plus loin, dans le thème des relations interpersonnelles, il est également question de d’exprimer son attirance, et encore une fois, nous trouvons les termes inappropriés pour cette tranche d’âge.

Conclusion

Le guide est bien pensé, avec beaucoup de transversalité entre les thèmes ce qui permet réellement de donner du sens à chaque sujet étudié. On y découvre tous les sujets de société qui sont problématiques : des violences (harcèlement, violences conjugales, violences sexuelles…), à la pornographie, aux maladies sexuellement transmissibles, aux identités de genre, aux différentes orientations sexuelles… Il promeut une sexualité positive, en ayant un discours profondément rassurant et dans l’ensemble plutôt adapté à chaque tranche d’âge. 

Il est encore une fois important de souligner qu’il s’agit d’un guide, une aide, un accompagnement pour que les professionnels de l’éducation aient un chemin à suivre dans la conception de leurs séquences avec les élèves. Cela ne veut pas dire que tous les thèmes seront abordés, que tous les termes seront employés. 

Les adultes qui se sentent menacés par l’éducation à la sexualité doivent se repositionner. Les enfants ne sont pas leur propriété. Un enfant nait avec des droits fondamentaux et notamment celui d’être protégé de toute violence. L’adulte n’a pas d’autorité ou de pouvoir sur l’enfant, il a une responsabilité : celle de l’aider à grandir et de l’accompagner dans toutes les étapes de son développement. 

En revanche, il est incontestable que le terme d’ « éducation à la sexualité » peut effrayer. C’est le manque de connaissances et de fait, d’éducation à la sexualité, qui poussent les parents à s’opposer à ces apprentissages à l’école. Non pas qu’ils ne soient pas d’accord pour protéger leurs enfants mais parce qu’ils n’entendent que le mot « sexe » et qu’ils s’imaginent le pire. Peut-être alors que le terme n’est pas approprié ? Effectivement, EVRAS parle : d’Éducation à la Vie Relationnelle, Affective et Sexuelle. Chez Hermione, nous avons choisi les termes de santé mentale, physique et sexuelle. Dans tous les cas, il s’agit de donner à la possibilité aux enfants de connaître leurs droits et de s’épanouir en toute sécurité, de diminuer les chiffres affolants sur les violences faites aux enfants et de construire une société plus respectueuse.